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PCN (A)

D 12 juin 2018     H 17:49     A Ollivier Moreels     C 0 messages


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Dans la continuité des Portraits Chinois Numériques, une rencontre de création avec quelques artistes hétérogènes du territoire nous semblaient intéressant à expérimenter. La séance se déroule ainsi : je me déplace vers l’artiste, sur son lieu de travail, son lieu de vie (que souvent je découvre). Une carte est toujours tirée au sort, celle-ci présente un mot qui devient le prétexte à la réalisation d’une forme d’autoportrait.

L’artiste se met au travail, et élabore la mise en scène de sa propre démarche. Un laps de temps indéterminé est nécessaire à la réflexion, c’est un moment de partage où l’artiste me fait des propositions, nous y réfléchissons ensemble et mettons en place le dispositif pour réaliser l’œuvre sur l’I-pad.

La tablette prend ensuite, comme sur les autres PCN’s, la place du visage de celui-ci. J’exécute ensuite une série de prises de vue, photographique ou vidéo du portrait chinois ainsi constitué. En retour de ce cliché, l’artiste peut me proposer un texte accompagnant l’image choisie.

Vanessa Leprince (Danseuse et chorégraphe)
Un insecte : gestes chorégraphiques/La mante religieuse

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Sarah Clenet (artiste musicienne)
Une chanson : http://omoreels.fr/PCN/Chanson-Clenet.mp3

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Soudain autrefois au pied d’un saule un œuf se brise. On aperçoit un bec. Tout petit. Le temps passe.Maintenant, un p’tit cui-cui tente de décoller du sol ses gigantesques pattes. L’œuf était gros. Une petite poule l’avait couvé. Un ___ l’avait fécondé. Le p’tit cui-cui ne savait rien de tout cela. Il était là, devant lui ses gigantesques pattes. Seul le saule de ses grandes branches lui témoignait sa présence.

Alain Delaporte (Plasticien)

Je serais un événement
que la musique ne
me soit plus étrangère

et que sans papier
ni crayon, ni couleur
je puisse créer des voix
dessiner des rythmes

Jean-Louis Vincendeau (Plasticien et cinéaste, enseignant chercheur)
Un événement

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C’est un événement historique qui s’est passé à Saint-Nazaire et est demeuré très peu connu des nazairiens. À la pointe du fort de l’Ève, deux ou trois hommes de confiance assistent au départ discret de Bonnie Prince Charlie alors toujours en exil. Ils tiennent en laisse des chevaux haletants après une chevauchée bride abattue depuis le bourg de Saint-Nazaire, distant d’environ six kilomètres de Bonne-Anse, réputée, comme l’indique son nom, pour sa situation abritée. Le prince Charles Edouard Stuart, prétendant au trône de Grande-Bretagne et d’Irlande, a quitté discrètement dans la nuit la demeure du sénéchal de Saint-Nazaire déguisé en homme d’Église pour se garder des espions britanniques, particulièrement nombreux en Bretagne. Le 22 juin 1745, alors que le jour se lève à peine, le « Du Teillay » prend le départ pour Belle-Île où l’attend « l’Elizabeth », un fin corsaire de cent cinquante tonneaux, armé de dix-huit canons, qui passait pour l’un des meilleurs voiliers du moment en direction de l’Ecosse. On dit aussi que le Prince, féru de botanique, emporta des graines d’un petit liseron endémique récoltées sur les dunes de Saint-Nazaire et qu’elles poussèrent en Ecosse.

Just Jean Étienne Roy, « Le dernier des Stuart, Bonnie Prince Charlie », éditions Yoran Embanner, 2006 (1re édition : 1855)

Remerciements à Hubert Chemereau

Lionel Houé (Dessinateur et sculpteur)
Une danse

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Si j’étais une danse, je serais un rock’n roll endiablé parce que j’aime bien bouger les jambes. En général je ne danse pas, je suis plutôt réservé. J’écoute la musique longtemps, Je mets du temps avant de danser, il faut un temps de chauffe.

Quand c’est parti, c’est parti, rien de m’arrête, je suis en transe, ce peut être très physique, même dangereux. En général les filles ou les garçons avec qui je danse ont peur de mon jeu de jambes, car elles bougent très vite, une, deux, trois, quatre jambes, je décolle, les jambes ne touchent plus le sol, avec un effet flou de mouvement ascendant, de vitesse en hyper-corps à la Muybridge. Elles sont presque fantasmées, molles sans forme, en collants bleues, jaunes ou rouges.

C’est assez violent, assez punk core. J’ai utilisé des couleurs fauves, elles représentent les lumières des guinguettes, je passe à fond sous les ampoules de toutes les couleurs, comme dans une farandole, mains tendues, ça tourne, ça tourne. J’ai pris la photographie avec un point de vue en hauteur, pour avoir un fond neutre, il y avait un effort à faire et la lumière était assez forte, c’était midi, sur mon balcon.

Joël Kérouanton (Écrivain)
Un château

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Il fut un temps où je m’ennuyais :
il y manquait quelque chose.
Le sel des mots, peut-être.
Cahin-caha j’ai pris goût à lire.
Jusqu’à plus soif.

J’habitais sous les mots des autres,
Des châteaux qui ne sont pas miens,
témoignages de gloires passés.

Ça devenait un peu irrespirable,
tant j’idéalisais les mots que je n’avais pas.
Il y avait urgence à trouver la brèche,
et briser ces châteaux de mots.

Faire usage de ces ruines.
Les découper en mille et un fragments.
M’approprier ces belles pierres,
jusqu’à les fondre dans ma batisse.

Avec ces pierres de forteresses,
j’ai construit mon propre chateau,
sa tour et ses murailles imprenables.
Sa porte en ogive,
et sa vue au delà de l’horizon.

Hervé Batteux (Percussionniste)

I-pad music : Un souvenir

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Je roule mes tambours au long d’une avenue de Shanghai.
Étrange navigation de cinq kilomètres. Je déambule périlleusement
à la poursuite des cornemuses d’une compagnie de bretons endimanchés.
La foule se presse le long du parcours. Je reconnais ce sentiment curieux :
celui d’être un exotique.

Stéphanie Zanlorenzi (Nina La Gaine) (Metteuse en scène)
Une ville

Je suis une ville, je suis une ville avec ces usines, ces maisons d’ouvriers, ces H.L.M. .
Je suis une ville, avec son vieux quartier.
Je suis une ville, avec son musée, et sa fontaine.
Je suis une ville dont beaucoup sont partis, enfin pas tous encore, mais ça se rétrécie,
parce qu’il fait trop froid, parce que c’est trop petit.
Ils en vient parfois qui n’ont pas tout compris. (alors ? Tu comprends ou pas, voilà, reste)
Qui n’ont pas tout compris, ce qui les ramène et les attends ici.
Ils ne demandent qu’à dire combien ils sont heureux, d’être là à nouveau,
et qu’on les aident un peu.

Yoann Le Claire (Plasticien et graphiste)
Un dessin animé

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Le dessin animé c’est une question d’intervalles entre des instants.
On évoque la persistance rétinienne pour recomposer le mouvement entre deux images. Ce qui m’intéresse c’est justement ce qui se passe entre les deux. On garde en mémoire l’image précédente pour la lié à la suivante. Il y a à la fois une persistance et un oubli. On oubli le mouvement continu. Il y a une succession de coupure dans la perception du mouvement continu. Et si l’on arrive à recomposer le mouvement à partir d’une succession d’images plus ou moins rapide cela ne veut pas dire que le mouvement continue n’existe pas.

Il y a quelque chose qui nous échappe : le mouvement continu échappe. Il échappe à l’enregistrement mécanique, même si aujourd’hui les appareils tentent de le rattraper en augmentant la fréquence des images, en proposant par exemple des réglages de 50 images par seconde quelquefois cent et 10 fois plus pour des caméras scientifiques.

Un dessin animé ne remplit pas les intervalles de la même manière. Quelquefois 3 images par seconde suffisent pour traduire un mouvement. L’écart est un peu plus grand. Il y’a un déséquilibre qui se rattrape à l’image suivante. Les intervalles se remplissent autant par l’imagination de la personne qui regarde que par le travail du dessinateur.

Alors un portrait c’est une image avec un intervalle infinie.

Arturo Gervasoni (compositeur et musicien)
Un tableau : http://omoreels.fr/PCN/Gervasoni-un%20tableau-como-encendida.mp3

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Sylvie Noël (compositrice)
Un objet : http ://omoreels.fr/PCN/objet-noel.mp3

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Le lieu choisi pour la mise en oeuvre de la proposition de jeu par Ollivier Moreels, s’est réalisé dans un jardin, au hasard du moment, où je me trouve. Un jardin Nazairen où pousse quelques Prêles. Découverte au moment du jeu, moment de création artistique matinal, avec l’idée d’être entourée de Presles, comme un souvenir qui jaillit à ce moment précis, l’écriture de ma pièce "Madenois’elles presles", dans un jardin de presles à Varengeville-sur-mer.

Le tirage au sort a décidé de me transformer le temps d’un portrait en "objet". Mon choix s’est vite porté sur les pots de terre existants deci-delà. Un pot, une cruche de forme oblongue m’a tout de suite intéressée. Cet objet, le pot portrait, qui depuis la nuit des temps inscrit l’art du portrait représentant l’humain et le surnaturel.

De grands peintres, tels que Gauguin et Picasso, Joan Miro et Marc Chagall, se sont inspirés de l’Art primitif et de collections de céramiques Péruviennes ou d’Amérique du Sud. Ils ont réalisé, que ce soit par la technique de la peinture à l’huile ou bien par l’art sculptural des oeuvres portraits : "Les demoiselles d’Avignon" , "Vase aux danseuses", ou "Bacchanales" de Picasso, qui a réalisé plus de 3500 oeuvres sur pot de terre !! ou bien encore la sculpture "Hinate Fatou", ou "Oviri, la tueuse" de Gauguin, portraits de pots de terre "Le pot au beurre", que l’on connaît pour ses oeuvres liées à son passage au Pérou et à son séjour à Tahiti, lieux de sources d’inspirations liées aux céramiques et aux modes de vies des autochtones. "Le pot de terre et le pot de fer", "Les amoureux et la bête" de Chagall.

Souvenirs : j’ai réalisé moi même dans la friche de la Linerie, plusieurs oeuvres et performances sonores et dansées liée à sa carapace de brique. Parmi ces oeuvres, l’un d’entre elle se nomme "Les vases communicants".

En réalisant le portrait chinois proposé par Ollivier, j’ai tout de suite pensé à cela…. un pot, un vase, une cruche sonore, un contenant parlant, chantant mettant en espace et en son, les différents espaces et ouvertures le constituant. Un contenant constitué d’ immenses espaces vides, reliés entre eux suggérant tuyaux et passages infinis, machineries industrielles et organiques, témoins des vestiges et lieux de transformation des objets. Cette tuyauterie pot de terre semble pouvoir délivrer, ou diffuser de manière parabolique de multiples échos de mémoires enfouies.

Florelle Pacot (plasticienne et médiatrice culturelle)
Une ville

Béton Palmiers
Je trace ma route sur les routes
Parallèles de la ville
En dodelinant de la tête dans ma décapotable.
L’avion, mes bagages en soute
L’Airbus va quitter la ville
Petite Californie en fond d’écran de portable.
Sous les palmiers la plage
Un paysage sur la base
Et la blancheur immaculée des nouvelles habitations.
Tous ces touristes en nage
Se baignant dans la vase
Et la saveur iodée de l’air depuis le front de Sautron.
Floride, Amérique Latine
A peine dix minutes à pieds
Les semelles qui collent au bitume sous le soleil estival.
Flottante, ambiance marine
Les rues de Béton-Palmiers
Se parent de lumière et d’un nuage de poussière sale.

Carole Rivalin (plasticienne et directrice d’Écoles d’Arts)
Un pays : lecture du texte

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« Chaque fois que dans un monastère de Kyôto ou de Nara, l’on me montre le chemin des lieux d’aisance construits à la manière de jadis, semi-obscurs et pourtant d’un propreté méticuleuse, je ressens intensément la qualité rare de l’architecture japonaise. Un pavillon de thé est un endroit plaisant, je le veux bien, mais des lieux d’aisance de style japonais, voilà qui est conçu véritablement pour la paix de l’esprit. Toujours à l’écart du bâtiment principal, ils sont disposés à l’abri d’un bosquet d’où vous parvient une odeur de vert feuillage et de mousse ; après avoir, pour s’y rendre, suivi une galerie couverte, accroupi dans la pénombre, baigné dans la lumière douce des shôji et plongé dans ses rêveries, l’on éprouve, à contempler le spectacle du jardin qui s’étend sous la fenêtre, une émotion qu’il est impossible de d’écrire. Au nombre des agréments de l’existence, le Maître Sôséki comptait, paraît-il, le fait d’aller chaque matin se soulager, tout en précisant que c’était une satisfaction d’ordre essentiellement physiologique ; or, il n’est, pour apprécier pleinement cet agrément, d’endroit plus adéquat que des lieux d’aisance de style japonais d’où l’on peut, à l’abri de murs tout simples, à la surface nette, contempler l’azur du ciel et le vert du feuillage. »

Extrait de l’Éloge de l’ombre de Tanizaki Junichirô

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