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Le film sans fin

 La fiancée sans bouche du soldat au nid 

Repérage en lecture

D 26 janvier 2020     H 15:57     A Ollivier Moreels     C 0 messages


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Repérage en lecture #2 du 11 janvier 2020, Alvéole 12 de la Base sous-marine de Saint-Nazaire, pendant Lecture en partage/5, Auteur lecteurs en ville.

Le film sans fin de Jean-louis Vincendeau et Ollivier Moreels, dans une lecture performée avec : Stanislas Deveau et Izabela Matos (Plasticien(e)s), Philippe Houriet (Comédien).


La fiancée sans bouche du soldat au nid

Lors de nos promenades végétales le long de l’étang de Guindreff nous nous arrêtons pour contempler les brindilles de la rive sur un lit de feuilles mortes. Chaque brindille s’offre un petit point d’ancrage sur la berge entre vase et galets. On y rencontre des rubans de bergères, la lance du Christ, la colombine ou le gant de Notre Dame.

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Le mot Guindreff signifie quelque chose comme « trêve sacrée » en passant par chêne blanc et chêne sacré. Trêve sacrée pourquoi pas ; un ancien four à pain se trouve au bord de l’étang. Il y a fort longtemps se dressait ici un bois de chênes où officiaient des druides, puis, bien plus tard, on repère la baronnie de Marsaint.

Le four de Marsaint, dernier vestige du manoir de Marzin datant de 1275. Ce four fut sans doute reconstruit plusieurs fois au même endroit au fil du temps. Marzin vient du breton arzh qui signifie ours.

Nous photographions de près ces coquettes le long de la berge ; certaines restent dignes, d’autres font des courbettes et dansent au moindre souffle de vent. Elles se sont installées au fur et à mesure, certaines font bon ménage avec leurs voisines, d’autres sont perturbées par les ronces.

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Nous y trouvons la salicaire, qui se plait visiblement où elle se trouve, le cerfeuil commun n’est pas non plus difficile à vivre tout comme la faute idéale des roses.

Un peu plus loin l’épilobe hirsute est certainement fâchée, elle secoue la tête, elle n’arrive pas à se coiffer comme elle voudrait.

Mélancolique ancolie aux charmes secrets est aussi appelée gant de bergère, gant de Notre-Dame, cornette, ou encore colombine. Aucune brindille n’est quelconque.

La lance du Christ se dit aussi : chanvre d’eau, pied de loup, patte de loup, marrube aquatique, ortie d’eau, herbe des Égyptiens. (Tiens donc on retrouve les égyptiens !)

Nous repérons les plantes et brindilles à l’œil nu, composant nos photos lentement, nous devançons l’imprévu, n’évitons pas les toiles d’araignées et, bien au contraire, les intégrons dans sa prise de vue, jouant avec le reflet dans l’eau et les variations de lumière.

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Le porteur d’un puissant nid de corneilles est invité à une prochaine promenade sous les arbres et à tourner autour de la maison hantée. Un chant pour l’orage passé, une mélodie écaillée.

Izabella danse avec des postures burlesques autour de la mare verte et embrasse la dernière lanterne. Elle danse pour rappeler les morts légendaires au regard oblique, entre les lignes elles-mêmes embrouillées.

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Elle danse sur une partition clandestine, explorant le territoire d’un rude bois de chênes et de loups garous mal famés. Sacs d’os de l’histoire ancienne de son pays marqué de stigmates. Elle danse tandis que sous les lentilles vertes de la mare, de jeunes naïades invitées sont prêtes à se montrer.

Elle mange des jonquilles, le corps tordu au pied de la lanterne, sans bouche comment est-ce possible ? Mains exsangues à la lumière de l’hiver. Sous la camisole écrue, tout arrive dans les apparitions, blanchies debout, éparpillant les oiseaux frileux en tourments contrariés.

La baldingère faux-roseau ou ruban de bergère garde à cette heure un peu de la brume du matin. Un beau nom le ruban de bergère, soyeux ou de velours bleu clair, parfumé à la poudre de riz.

Sur l’autre rive un soldat tranquille, Pancrace, promesse tendue. La barque n’est plus là pour traverser la mare putride. Une fée ici a oublié ses diamants ; voir ce petit tremblement d’un nid sur la tête au rivage de brume.

Chambre de mimosa, lumière poudrée, l’étang vert au canard mort. Tu n’as pas peur, penchée dans ta chasuble rigide, pleine d’énergie. Pour un souffle autour de rien.

Pancrace : berger soldat ou soldat berger ; il fait face à l’indicible, il se mesure à lui. Par des tâtonnements dans les ronces, ici, quelque chose nous écorche, dans ce jardin abandonné et sauvage dont on ignore tout. Recueil de fantasmes autour de la maison dite « du pendu ». Par les chants d’en bas on se plaît à se faire peur. Et qui chante là au regard neuf pour s’effacer ou resplendir ? Déchirement fructifié, début la beauté, le chemin sans le sol, l’idéal inconnu, voici une allumette furtive ; lumière cependant conservée toute une vie.

Pancrace réfléchit, médite ; son bois de chênes traversé lentement dans la brume celte excommuniée. Parcelles magiques, gardien de chevaux dans les plaines de Hongrie, il connaît les plantes et les bêtes et il sait priser les lourdes ornières de chemins, pour un chien noir, lui-même bien seul.

Contrebandier, colporteur d’estampes licencieuses ; il est allé jusqu’aux Carpates, limite de son errance personnelle. Pancrace nous embarque dans une pérégrination narrative lente, sur les chemins sinueux empruntés par un Meyrink qui s’est toujours arrangé pour garder ses secrets.

Ollivier Moreels et Jean-Louis Vincendeau

Portfolio

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